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Que respirons-nous dans les transports ?

L'étude AST'Air, menée durant l'hiver 2014-2015 dans l'agglomération orléanaise, tente d'apporter les premiers éléments à cette question. Qui du piéton, du cycliste, de l'automobiliste ou de l'usager des transports en commun respire un air de meilleure qualité?

rapport complet AstAirLe deuxième Plan Régional de Santé Environnement (PRSE2), élaboré par la région Centre-Val de Loire et l’Etat, traite l’impact de l’environnement sur la santé de la population, notamment l’influence des pollutions environnementales. L’action 1 de la fiche 10 du PRSE2 a pour objet de suivre et déterminer la qualité de l’air dans les différents modes de transport :

« Les différents modes de transports utilisés pour les déplacements quotidiens conduisent à des expositions variables aux différents polluants atmosphériques. Afin de mieux appréhender cette diversité d’exposition et de quantifier les écarts, il est proposé de conduire une étude visant à mesurer les concentrations en polluant selon les modes de transports utilisés. »

Les objectifs de cette étude sont d’approcher les niveaux de l’exposition de la population lors des déplacements tout en mettant en relief les zones de fortes concentrations ainsi que l’influence de l’environnement immédiat sur l’augmentation de l’exposition.

Pour approcher les niveaux de pollution atmosphérique auxquels la population est exposée dans les différents moyens de transports, Lig’Air a conduit de 2014 à 2015, sur l’agglomération Orléanaise, l’étude AST’AIR (usAgerS des Transports et qualité de l’AIR).

Sur la Communauté de l’Agglomération d’Orléans-Val de Loire, la majorité des déplacements sont effectués en voiture (63%), les déplacements à pied viennent en seconde position (21%), les transports en commun et les deux roues terminent le classement avec respectivement 8% et 5%.

Dans le cadre de cette étude, Lig’Air a opté pour l’utilisation de préleveurs en mesures continues dont la durée d’analyse est de l’ordre de la minute. En plus de l’utilisation d’analyseurs automatiques, les déplacements étudiés ont été géoréférencés à l’aide d’un GPS afin de localiser les zones de fortes expositions et comprendre les caractéristiques de l’environnement immédiat.

 

AST’AIR est une étude financée par le Conseil Régional Centre-Val de Loire et Lig’Air.

 


 

La voiture reste encore le moyen le plus utilisé dans les déplacements domicile/travail au sein de l’agglomération. Il est aussi le moyen le plus étudié dans cette étude. Environ 1000 km, représentant plusieurs axes et trajets, ont été parcourus à l’intérieur de l’agglomération afin de caractériser l’exposition des automobilistes aux différents polluants étudiés (NO2, PM10 et CO).

 

D’une manière générale, l’exposition des automobilistes aux polluants mesurés a présenté une très forte variabilité non seulement en fonction de la nature du polluant mais aussi en fonction de l’axe et du trajet empruntés. Les caractéristiques de chaque trajet, durée et niveaux des polluants enregistrés, sont présentées dans les annexes 4 et 5.

 

Pour le dioxyde d’azote, les niveaux les plus importants ont été associés, dans la quasi-totalité des cas, à une circulation difficile caractérisée par des ralentissements et des embouteillages. La rue du Faubourg Bourgogne, entre Orléans et Saint-Jean-de-Braye, ainsi que l’avenue Gaston Galloux à Saint-Jean-le-Blanc font partie des axes où les usagers de la voiture sont les plus exposés aux heures de pointes. Les niveaux les plus faibles ont été enregistrés lorsque la circulation était fluide mais aussi sur les axes les moins empruntés.

 

L’augmentation des concentrations dans l’habitacle des voitures, lors des ralentissements et des embouteillages, est la résultante de deux phénomènes : émission et confinement. En effet, pour les très faibles vitesses de circulation les émissions polluantes sont aussi importantes que les fortes vitesses (par exemple un véhicule à 10 km/h peut émettre la même quantité qu’un véhicule à 110 km/h). Ces vitesses sont observées généralement lorsque les conditions de circulation sont difficiles (ralentissement et embouteillage). L’habitacle de la voiture est un espace confiné dépendant de l’air prélevé à proximité. Dans les conditions de circulation difficiles, les prises d’air sont alors proches des pots d’échappements des véhicules. L’automobiliste se trouve alors dans un espace clos, de faible volume, dans lequel les niveaux de polluants peuvent s’accumuler. Il peut être exposé à des teneurs qui peuvent dépasser celles mesurées en air ambiant. Lors d’une circulation fluide, en plus de la diminution des émissions, les véhicules sont relativement éloignés les uns des autres et l’air prélevé est moins chargé en polluants que dans le cas d’un embouteillage ou un ralentissement. Rappelons ici, que la fluidité de la circulation est l’une des actions prises dans le cadre du PPA d’Orléans pour réduire les émissions polluantes.

 

Même si les niveaux en PM10 ont présenté une variation plus faible que celle du dioxyde d’azote, on retrouve globalement un comportement similaire à celui du NO2 à savoir que les plus fortes concentrations sont relevées lors d’embouteillage, de ralentissements et d’arrêts aux feux tricolores. Les teneurs en particules en suspension relevées à l’intérieur de l’habitacle, sont en moyenne inférieures à celles mesurées en station de proximité automobile. Cette différence de concentration peut être expliquée par la filtration de l’air introduit dans l’habitacle.

 

Le piéton et le cycliste peuvent être exposés de façon ponctuelle mais intense au dioxyde d’azote en particulier. Cette exposition est sous forme de « bouffées » d’air chargé en dioxyde d’azote dans les rues de forte circulation automobile. Le cycliste en particulier, peut dans certaines situations de circulation, se retrouver sous l’influence directe des gaz d’échappement des véhicules et subir une exposition importante à ces polluants. En comparaison à l’automobiliste, le cycliste et le piéton ne sont pas dans des espaces confinés et donc leurs expositions aux fortes concentrations en polluants, sont de courtes durées par rapport à celle de l’automobiliste. Ce dernier accumulera les polluants dans l’habitacle de sa voiture tant que la circulation n’a pas atteint une certaine fluidité et que l’air de l’habitacle n’a pas été renouvelé. Le cycliste et le piéton retrouveront des concentrations normales dès lors qu’ils s’éloigneront des sources polluantes.

 

L’étude AST’AIR ne met pas en relief une franche dépendance entre les concentrations en PM10 et la circulation automobile comme c’est le cas pour le dioxyde d’azote. En moyenne les niveaux sont restés plus au moins homogène même si les maxima étaient associés aux situations dans lesquelles la circulation était difficile. La filtration d’air injecté dans l’habitacle explique en partie cette faible dépendance. L’autre partie réside peut-être dans l’utilisation d’un capteur basé sur la mesure massique des particules. La mesure est donc largement conditionnée par les plus grosses particules (>PM2,5) dont le poids est bien plus important que les particule fines et ultrafines (2,5) mais en nombre sont minoritaires.

 

AST’AIR est la première étude visant l’estimation de l’exposition des usagers des transports en région Centre-Val de Loire. Les résultats obtenus dressent un premier état des lieux de cette exposition lors des déplacements domicile-travail à l’intérieur d’une agglomération. Il serait intéressant de mener cette expérimentation lors des déplacements interurbains au sein de la région. L’étude pourra être menée à l’aide d’analyseurs embarqués. Les particules en suspension seront suivies par un capteur massique mais aussi par un compteur de particules. Ce dernier complètera l’étude en fournissant une information sur le nombre des particules en fonction de leur taille.

 

Consulter le rapport complet.